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De Dakar à Sète sur Soualé

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27 juillet 2012

Sète

dans la soirée nous avons longé le cap Creus noyé dans la fumée des incendies, puis le large est revenu pour une dernière nuit étoilée bien qu'un peu plus fraîche que les précédentes (on remonte vers le nord). Petite brise

En fin de nuit le phare et les lumières du Mont Saint Clair ont commencé à pointer devant l'étrave. Les derniers des 3000 (?) milles parcourus depuis Dakar. C'est à la fois si loin et à peine hier, le temps n'a pas la même valeur en mer.

Puis au petit jour les détails apparaissent peu à peu. Le vent est tombé comme pour prolonger encore un peu ce temps en mer. J'ai ralenti pour ne pas arriver trop tôt et laisser le capitaine se reposer avant les manoeuvres finales.

Nous voici de retour au pays, même si pour moi c'est un port que je ne connais pas.

DSC_3673


J'en profite pour enregistrer la configuration des lieux car je pense que je viendrai y faire escale en voisin un de ces jours.

Dans l'avant port, on retrouve l'activité de la ville : un cargo s'en va, un bateau pilote revient, des pêcheurs, les premiers "promène couillons", les Glénans qui appareillent.

Soualé a dû patienter encore un peu avant de retrouver son anneau squatté pendant la nuit par un voilier polonais de passage, quelques minutes de plus sur l'eau.

Alain retrouve ses voisins comme après un retour de vacances..
On commence à ranger tranquillement sous le chaud soleil pendant qu'Alain se rend chez lui pour récupérer sa voiture.

Préparatifs pour l'apéro, mes filles qui sont toutes dans le coin en ce moment arrivent les unes après les autres, suvies de peu par Marie et sa soupe au pistou. Caroline et Marielle improvisent une crèche pour les bébés : Juliette et Noé sont surement les plus jeunes à avoir jamais embarqué sur Soualé.
Les amis d'Alain ne sont pas en reste et on se retrouve à une bonne douzaine pour un apéro dans le cockpit pendant qu'Emilien fait le tour du bateau.
Alain nous projette le clip Le Coq qu'ila tourné pour Ibrahim. Ce dernier va lui annoncer qu'il tourne sur les radios et TV, que des gens commencent à venir à son salon de coiffure pour le voir "en vrai". Sentiment du travail accompli, de lui avoir permis de prendre son élan.

Puis peu à peu les contigences terrestres nous rattrapent et nous quittons à regrets Soualé et Alain.

J'aurais bien aimé passer un moment encore à bord pour un peu bichonner le bateau histoire de le remercier de nous avoir vaillement amenés à bon port.

 

A bientôt Soualé, à très vite Alain à terre ou en mer.

Merci à toi pour cette belle traversée pas ordinaire.

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25 juillet 2012

Dernière étape

Porto Soler au mouillage avec le jour qui se lève.

Arrivée de nuit à 5h du matin devant le port, les pêcheurs sortent à fond la caisse. Le phare était visible depuis minuit. A l'entrée du goulet étroit il faut aligner 2 feux rouges. Ensuite la crique s'élargit : un petit cirque de collines avec des maisons et hôtels sur la pente. Des endroits boisés et abrupts. Au moins 30 bateaux au mouillage pas facile de se faire une place.
Quand nous y étions passé en octobre, on était seuls à partager l'endroit avec deux autres bateaux. Le jour se lève, on entend un coq chanter et un âne lui répondre, bruits et odeurs de terre perdus depuis plusieurs jours. Le soleil commence à accrocher le flanc de la colline, quelques baigneurs courageux se trempent pas loin, un cycliste matinal dévalle depuis le haut, il est parti à quelle heure celui-là ?
Quelques joggers solitaires sur le front de mer.. Tout est encore calme et silencieux on entend seulement passer le premier tram, tout droit sorti d'une carte postale 1900. Si on n'était pas au mouillage j'irai bien boire un café à terre en regardant le monde s'éveiller.

 

Dans la nuit j'ai eu quelques difficultés avec un petit chalutier : en regardant ses feux, je ne comprenais pas sa manœuvre, ses déplacementes étaient en contradiction avec ses feux de position, finalement lorsqu'on a été assez proches pour que je distingue sa vague d'étrave, j'ai compris qu'il me venait dessus !

Vite un coup de moteur pour se tirer de devant, et en passant sur son autre bord, j'ai compris que son feu vert n'était pas allumé, par contre il avait 3 feux rouges… Il n'a pas bougé d'un poil, à moi de me dém…. Il faut toujours se méfier des bateaux de pêche.

 Partis depuis lundi midi de Cartagène, j'ai du mal à me remettre dans le temps. J'ai l'impression qu'on vient juste de partir, que le temps est entre parenthèses, on oublie les heures, les jours.
Pourtant on pourrait croire qu'on va tourner en rond dans un espace aussi petit et au milieu de rien. En fait on prend le temps de sentir les choses : prendre le temps de dormir, par exemple, même si ce n'est jamais plus de trois heures d'affilées ; sentir le sommeil venir, se coucher en profitant de ce moment où l'on sent que l'on s'endort. Même chose avec les repas : d'abord trouver une idée de menu en fonction de ce qu'il reste dans les coffres et le frigo, puis faire à manger en calculant ses gestes à cause de la gîte et des vagues pour ne pas en renverser, ne pas se couper ou se brûler; manger lentement car là aussi ça bouge et il faut caler son verre, ses couverts, ne pas lâcher son bol, etc…

 Le soleil est là, je vais aller faire le café et réveiller Alain. Puis gonfler l'annexe et quelquers courses à terre, retrouver Ghislaine et ce sera  reparti pour la dernière étape, à peine 200 milles, une broutille maintenant.
Mais c'est un endroit sympa où il faudra revenir hors saison, comme bien souvent en Méditerranée.

DSC_3665

 Ici je sens que je ferme la boucle : en octobre, c'était notre premier arrêt avec Ciotat-Africa, ma première conversation avec Alain, on faisait connaissance lui sur son bateau et moi dans l'eau pour un petit bain automnal. Aujourd'hui c'est notre dernière étape sur le chemin du retour; Une super belle aventure sur une route qui n'existe pas : les voiliers descendent par là mais ne remontent jamais par cet itinéraire contre le vent en permanence.

23 juillet 2012

lundi 23/07 Cartagena

Après une vraie nuit de sommeil, on fait 3 courses, le plein (eh oui, il faut du gasoil sur un voilier quand il n'y a pas de vent !) et on repart à midi pour 30/35h jusqu'à Puerto Soler (Majorque) avant dernière étape. pendnat que certains se plaignent du Mistral nous on avance au moteur.
Une ville qui mérite qu'on s'y arrête, un joli centre, des rues pavées de marbre !!! Un festival africain, dômmage ce siir le concert est annulé. Des musées qui ont l'air intéressants ('archéologie sous marine), mais pas trop le temps de s'attarder car on a envie d'arriver.

23 juillet 2012

Dimanche 22/07

Vendredi 18h : on passe à moins d'un demi mille de Isla de Tarifa, la pointe sud de l'Europe et l'entrée du détroit de Gibraltar, ça sent l'écurie ! 4 jours et 5h pour faire Madère Tarifa quasiment tout le temps au près. Heureusement que le temps s'est amélioré depuis vendredi matin.

Dans la foulée poussés par un bon vent de sud ouest et un courant favorable de 4.5 nds nous enquillons le détroit à plus de 10 nds. Moins de 2h plus tard passage devant la Punta de Europa, le bout du fameux rocher avec juste en face les montagnes du Maroc. Trafic intense de ferries, cargos, pétroliers, etc… beaucoup de pollution atmosphérique Passer de nuit ne doit pas être évident.

 

A notre entrée en Méditerranée, le comité d'accueil de deux énormes bandes de dauphins au coucher du soleil. Ils jouent pendant plus d'un quart d'heure à sauter sur les vagues et à faire la course avec l'étrave de Soualé ; je n'en ai jamais vu autant ensemble, sans doute les courants et le mélange des eaux. Nous voyons pas mal de tourbillons et de clapot bizarre, l'Atlantique approvisionne la Méditerranée en eau. il doit s'en passer des choses sous notre coque.

 

On continue à une vingtaine de milles au large de la côte espagnole, hors du rail des cargos.

 

Samedi midi nous trouve en train de tirer un bort jusqu'à la côte pour faire un peu de voile, on croise quelques collègues voiliers qui eux descendent vers l'ouest au vent arrière;

Bien vite le vent tombe avec le soir (brises thermiques), on est bien en Méditerranée, le meilleur vent s'appelle Volvo…

On commence à calculer notre date probable d'arrivée, si la météo est clémente ce sera peut-être vendredi soir. Si le mistral continue de souffler sur le golfe du Lion on devra faire un détour par la côte espagnole entre les Baléares et Sète.

 

Dans la nuit nous passons le Cabo de Gata et la remontée vers le nord-est commence.

Par analogie sur un Paris => Cadenet on serait entre Montélimar et Valence.

 

Dimanche matin, le jour nous trouve au moteur en train de remonter péniblement (4.5 nds) vers Cartagena où on pense arriver dans la soirée pour un banana split dont rêve Alain et une nuit sans quarts. Ça fait maintenant 6 jours que l'on est en mer. Ce soir on aura fait 2500 milles depuis Dakar.

23 juillet 2012

Jeudi 19 juillet

Depuis cette nuit la mer a grossi le vent est plus fort, on se fait rincer abondamment par les grosses vagues, l'eau qui passe sur le pont n'arrive pas à s'évacuer complètement, il en coule à l'intérieur par la descente. Je suis trempé avec ma salopette pas respirante et plus tout à fait imperméable. Le plus dur c'est d'enfiler ces fringues mouillées quand on se lève pour faire son quart. Vivement qu'on arrive à Gibraltar, encore une quarantaine d'heure.

Dimanche 15 juillet : faux départ de Madère, on a fait seulement une vingtaine de milles en quitant Funchal en fin de matinée on a rapidement trouvé, au niveau de l'aéroport,  38-39 nds  de vent avec pas mal de vagues, on s'est donc arrêté à une marina toute neuve Quinto Do Lordo. Un coin un peu désert car le village qui va avec la marina est en pleins construction. Néanmoins accueil très sympa, un peu comme aux Embiez.

Nouveau départ lundi en fin de matinée, on s'était préparé à pas mal de vent une fois virée la pointe est de l'île, mais on a vite réalisé que le vent était plus faible que prévu et surtout qu'il nous permettait de faire route directe vers Gibraltar. Donc tout dessus et cap au 70° à .

 

Peu à peu malgré la près serré, on a gratté du cap pour finir jeudi matin à 150 milles sous le cap St Vincent (la pointe sud ouest du Portugal) depuis on arrondi doucement pour se garder un peu de marge de manœuvre en arrivant sur le détroit.

Depuis la fin de matinée la mer s'est un peu calmée, on fait maintenant du bon plein donc le bateau gîte moins, on est moins éclaboussés et j'ai m^me pu faire sécher un peu mes fringues.

On sent qu'on approche du détroit, on commence à voir des bateaux sur l'AIS, mais encore bien loin, il va falloir ouvrir l'œil.

On pense passer Gibraltar demain soir vendredi et arrivée à Sète envisagée vers le 29 juillet.

La mer est bleue,  La vie est belle (pour le moment) !

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15 juillet 2012

Faux départ !

 On a fait comme au Tour de France une fausse vraie étape :  un prologue. Madèrr est tellement intéressante qu'on n'arrive pas à partir.

Partis de Funchal vers 10h on s'est retrouvés 1h plus tard dans 20, puis 30 puis 39 nœuds (70 km/h) de vent. On avait vu venir le coup et on s'est préparés à l'abri d'un cap avant "d'y aller".

 

Comme on n'avait pas envie d'attaquer 6 ou 7 jours de navigation par un gros temps, on s'est arrêtes à la marina Quinta Do Lordo, un port tout neuf et un peu désert car en cours de finition juste à la pointe est de Madère. Accueil sympa et clean. Installations somptueuses, j'ai même Internet qui passe super bien jusque dans ma couchette. Et comme on a une carte d'une association (STW) on a eu 40% de remise !!!

marina QuintoDoLordo        

marina QuintoDoLordo2

 

Après le petit repas tardif au resto ça a été lessive, sieste, préparation du bateau pour les gros coups de vent et étude de la météo.

On repart demain matin en espérant une petite accalmie annoncée.

15 juillet 2012

départ vers Gibraltar

Dans 2 heures départ de Funchal pour une arrivée vendredi ou samedi dans les parages de Gibraltar.
Ghislaine préfère nous laisser entre hommes pour cette étape un peu trop longue pour son mal de mer (la voix de la sagesse). Elle nous retrouvera en Méditerranée pour une navigation plus côtière, donc en principe plus calme.

Direction Nord car les vents sont encore contraires (nord est) jusqu'à trouver l'alizé du Portugal qui va nous permettre de piquer davantage vers l'est pour entrer en Méditerranée. Mercredei on devrait être à la moitié du parcours depuis Dakar. On arrive bientôt !


pas le temps de trier des photos et d'écrire quelques lignes sur Madère. je le ferai en route , si je n'ai pas trop le mal de mer.

Mais c'est vraiment la plus belle escale avec la Casamance. Un coin à découvrir et pas très loin de chez nous.


Bon faut que j'aille m'occuper du bateau. On a encore au moins 2 à 3 jours de vents contraires et après ça ira mieux, surtout si le mal de mer me laisse tranquille.

A bientôt pour la suite.

 

14 juillet 2012

Balades

Vendredi et samedi, balades dans le nord et l'ouest

Traversée de montagnes, des tunnels partout cote escarpée cascades qui dévalent du sommet dans la mer,

Des gorges encaissées où l'eau dévale en cascades.

Canaux d'irrigation au bord desquels on randonne en montagne.

Rhododendrons sauvages Ibiscus énormes, passiflores roses, etc….

Sur le sommet c'est la lande bretonne avec des vaches, au dessus des nuages.

En haut, on a l'impression d'être perdu au milieu de l'Atlantique  on comprend que ça a été longtemps considéré comme le bout du monde quand la Terre était plate.

En redescendant c'est la forêt d'eucalyptus

Puis des petits villages escarpés à flanc de montagne ou coincés en fond de vallée au bord de l'eau comme à Port Bou ou sur la riviera italienne.

 

Nature sauvage et en même temps habitée jusque très haut sur les montagnes.

Petites routes (moyenne 25 km/h) ou alors des dizaines de tunnels et ponts. Les seules lignes droites pour doubler sont dans les tunnels (mais pas dans tous).

 

Retour le soir au port : un groupe danse, Alain se fait embarquer par une plantureuse portugaise.. Il ne s'en sort pas trop mal.

 Dimanche soir on assiste au départ du Ségres II le 3 mâts école de la Marine portugaise.

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Puis dîner dans une rue où toutes les portes des maisons sont peintes, très sympa!

Voir : http://www.arteportasabertas.com/en/-info.html

13 juillet 2012

Funchal

Les bouquins de géographie et les cartes marines sont faux; la Méditerranée ne commence pas à Gibraltar mais à Madère.

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La ville de Funchal est belle, des vieilles rues, de jolis sols pavés, des jardins, des maisons à persiennes. Le tout avec une tranquillité et un calme insulaires. En plein mois de juillet on est en dehors de la saison touristique (janvier à mai) ; saison où çà doit être plein d'anglais.

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Un peu l'impression aussi d'être au bord d'un lac italien avec la ville qui remonte haut sur les flancs de montagne boisée. Rien à voir avec les Canaries et leur urbanisme sauvage. Ici c'est plus soft, un vrai centre-ville, beaucoup de jardins, de recoins, de ruelles, des petites places. Des sculptures, des musées, une rue entière où chaque porte de maison est peinte comme un tableau.

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Modernité et tradition : le ferry qui dessert les autres îles à côté d'un magnifique trois mât des cadets de la marine; Le télécabine qui monte au village perché dont on redescend en espèces de traîneaux luges en osier.

Et puis bien sûr comme à Gênes, Barcelone ou Las Palmas, la statue de Christophe Colomb; chacun veut en faire son héros national.

12 juillet 2012

Funchal

Premier contact avec la ville : les sempiternels péruviens avec leur sono à fond ; c'est un business international !

 Sur le quai du petit port de Funchal des peintures laissées par des bateaux de passage du monde entier, Islande, Allemagne, Angleterre, Norvege, Argentine, Canada anglais, bretons, mais pas de méditerranéens (si j'en ai trouvé un de Toulon le dernier jour)

A 10h départ des bateaux pour la pêche au gros des gros (pourquoi tous les mecs qui embarquent sur ces bateaux avec des moulinets dorés énormes sont-ils gros ?) suivis par les trimarans à touristes pour la visite aux dauphins et autres baleines.

 La ville est sympa, belles maisons, ruelles, pavés et jardins pleins de fleurs partout et aussi quelques flamboyants.

 Pas trop de touristes, car la saison va plutôt de janvier à mai. Temps ni trop chaud, ni trop froid (25-28°c).

12 juillet 2012

De Las Palmas à Funchal (Madère)

Départ de Gran Canaria mardi vers 11h cap au nord au moteur pour se dégager de l'île, puis au près pour changer, avec un vent de nord est qui nous envoit au cap 335°, soit un peu à l'ouest de Madère; On tirera un bord pour revenir vers l'île, on en a pour 3 jours, peut-être moins.

Peu à peu Gran Canaria disparaît dans la grisaille, on commence à apercevoir au sud ouest la pointe nord de Tenerife. La mer est houleuse, le bateau tape un peu. "Tape un peu" ça veut dire que toutes les 2 ou 3 minutes, l'avant du bateau rebondit dans le creux d'une vague, à l'extérieur une belle gerbe d'écume balaie le pont et à l'intérieur un grand bruit, une vibration qui secoue tout le bateau de l'avant à l'arrière et qui fait claquer les planchers.

Et surprise… je me prends un mal de mer carabiné, je ne m'attendais pas à ça. Après 10 jours de port, je n'ai plus le pied marin. Il y a longtemps que je n'avais pas été autant brassé et si longtemps. Pas moyen de rester dedans et dehors ça va juste, mais il faut faire avec.

Dans l'après-midi le soleil revient en alternance avec des nuages, on évite plusieurs grains qui passent devant ou derrière, tant mieux, on se fait déjà assez rincer comme ça par la mer, on n'a pas besoin que le ciel s'y mette. Les nuages eux sont collés aux îles.

 

Dans la nuit on passe à la latitude des îles inhabitées de Selvagens le sud du sud du Portugal, on croyait les trouver pile sur notre route mais le vent de nord est nous permet de passer plus à l'ouest sans tirer un bord. Le bateau marche bien 6-7 nœuds au près avec un vent apparent de 25 nds et des vagues jusqu'à 2m qui nous freinent un peu. La lune apparaît en fin de nuit. Je n'ai pas trop le cœur à regarder les étoiles.

Journée de mercredi passée à dormir, couché le mal de mer se calme; En fin de journée ça commence à aller mieux. Un tour sur le pont pour admirer la "belle lumière" du couchant. Ce soir c'est un festival de pastels du rose au bleu clair puis au gris de plus en plus foncé vers l'est avec des nuages blancs qui se détachent sur l'ensemble. La mer est toujours aussi vide, on n'a pas vu un seulbateau depuis la pointe nord de Gran Canaria.

Quart de nuit à 1h, la nuit est tellement claire que l'on voit sans problème les lumières de Madère, pourtant encore à 50 milles. Soualé marche comme un avion, il est content des réparations faites à Las Palmas.

Peu à peu le vent tourne à l'est et en serrant bien le vent on remonte direct sur l'île, finalement le jour nous trouve quasiment en face de Funchal, le vent tombe, les vagues disparaissent, le moteur démarre au quart de tour et 2h plus tard à 9h (heure d'ouverture du bureau du port) on passe notre étrave dans l'entrée du petit port très encombré et…. juste une place pour nous !

 

Petit déj en terrasse formalités de police et de port. Bonne douche et premier petit tour en ville pendant que le capitaine finit sa courte nuit…

 

On pensait mettre 3 ou 4 jours, on a mis 46h… pas mal, Soualé est en grande forme.

10 juillet 2012

Préparatifs

Journée chargée, qui a commencée avant le petit déjeuner.

Faire bosser tout le monde (voilier, gréeur, mécanicien) pour que tout soit prêt ce soir. Faire la tournée pour payer les factures...

Vers 21h on avait fini de rmettre les voiles en place, en principe on ne s'est pas trompés dans toutes les "ficelles" à repasser, les réglages de lattes, etc.

Reste juste une petite entrée d'eau qu'on n'a pas encore trouvée, peut être le propulseur d'étrave ? ou alors des résidus de ce qu'on a embarqué vers Tenerife et qui s'écoulent lentement à plat au port ? on verra bien.

Ghislaine s'est chargée des courses, le supermarché a livré (gratos) sur le bateau.

Départ demain matin.

je viens de récupérer les fichiers météo, c'est vent dans le nez (25nds réels) jusqu'à Madère (4 jours sans doute). Après on devrait mieux s'en sortir. µ
Entre Madère et Gibraltar on aura fait la moitié du trajet. C'est loin la France...

A bientôt.

 

8 juillet 2012

Dimanche a pedibus

Et pourtant on était partis plein d'énergie...

3 km à pieds d'un bon  pas avec appareils photos, camescope, serviettes et maillots pour récupérer la voiture que j'ai louée hier par Internet.

Au passage on a quand même regardé des tablés d'hommes en train de jouer aux dominos, ça a l'air d'être le sport national des hommes d'un certain âge. Mais uniquement.des hommes, aucune femme dans le lot.

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Arrivés à l'adresse du loueur un très grand parking, un petit panneau "loueur 3e étage terrasse, je monte , je me perds dans le parking, et arrivé sur place...... CLOSED ! Rien, NADA...

Pourtant j'avais tout : n° de dossier, donné mon n° de permis, passeport, et reçu un code de réservation, etc...

Tout ce que j'ai trouvé c'est un gardien de parking pas très coopératif. On a cherché sur les conseils de deux piliers de bistro qui parlaient un peu français (re marche à pieds) et on a trouvé un loueur ouvert mais sans assurance tous risques => au moindre pépin c'était pour nous. On était un peu hésitants et Alain a tranché, il n'a pas voulu qu'on prenne le risque (il a assez dépensé pour Soualé !).

Donc re kms à pieds jusqu'à une estacion de Guaguas 'c'est comme ça qu'on appelle les bus ici (on sent qu'on est plus près des Caraïbes) pour trouver des bus pour aller quand même faire un tour mais... "hoy esta domingo, no hay mas que les buses del aeropuerto". l'aéroport on connait... J'y suis déjà allés 3 fois et puis il commence à faire faim....

Alors re kms à pieds pour aller sur les plages à l'ouest, Tant qu'on était là à marcher un peu plus un peu moins. Le tout sous une petite pluie très fine comme un brumisateur, mais ça mouille quand même.

On a fini attablés dans une crêperie, devant la plage (celle devant laquelle on est passé en bateau avant de contourner le cap au nord est de Gran Canaria),  la marche ça creuse.

Puis on a fait re marche de  5 mètres pour nous attabler juste à côté chez le glacier et Alain a eu son banana split dont il rêve depuis quelques milles après avoirb quitté Dakar..

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Et puis on est revenus à pieds (mais pas tout autour de la Terre sinon on n'est pas rendus), en bus, à pieds encore pour une sieste olympique dont je sors a l'instant pour venir m'échouer au comptoir du Sailor's Bar où je peux me connecter à Internet pour écrir ces quelques lignes.


Demain sera un autre jour, en principe bien rempli car l'équipe de réparateurs doit finir son boulot : remonter l'enrouleur de génois, ré-installer les nouveaux chariots dee grand voile (200 billes à 50€ le sachet à poser dans les petites rainures des bidules qui accrochent la grand voile au mât).

Ensuite, nous remontons les voiles (réparées elles aussi)  : une grosse demie-journée de boulot pour tout placer et régler.
Les courses pour remplir le frigo et les cagettes de fruits et légumes et après une dernière invocation au Grand Grib on va enfin, j'espère, mettre les voiles, au sens propre.

7 juillet 2012

c'est samedi, on va au spectacle

Samedi soir, c'était concert classique. Eh oui la voile ça mène à tout.

La 9e de Bethoven par l'orchestre symphonique de Canaries (oui, oui ça existe).

Mais la salle de concert éait un peu particulière, même pour les canariens.

Le concert était... déconcertant.
En fait on devait prendre un bus obligatoire vers le port. Marrant de voir tout le monde attendre, jeunes (pas mal de jeunes) et moins jeunes la plupart sur leur 31. Mais tout le monde sympa et de bonne humeur (on a remarqué qu'ils sont souvent comme ça ici). Ambiance tranquille et on fait confiance aux gens, aucun contrôle des billets, ni au départ, ni à l'arrivée, ou alors ils ont oublié ce détail...

Le bus nous a laisséau milieu d'une allée de centaines de containers empilés (12m de haut environ) avec 4 grosses grues moteurs tournants sous lesquelles il fallait marcher 500m, éclairés par leurs phares.

On a débouché sur un quai et là 3000 ou 4000 chaises en plastique bien alignées sous deux énormes portiques (au moins 50m de haut) pour décharger les containers des bateaux.  Au bout une scène encadrée de containers pour la protéger du vent. Toujours sous l'éclairage des portiques.
Et bien sûr partout la marque de l'entreprise (sur les portiques, grues et containers) : "grupo Boluda".
 
C'était plein....

J'ai passé un bon moment dans un cadre insolite. A un moment un cargo a manoeuvré à quelques dizaines de mètre du quai, c'était marrant.

5 juillet 2012

La vie au port

Eh non les escales ne sont pas des moments de farniente. Depuis dimanche matin on a toujours quelque chose à faire. A part hier où je me suis octroyé 2h de balade dans la ville, je n'ai pas arrêté entre les visites aux magasins, les RDV à bord avec les réparateurs, les bricoles à faire nous-même, les discussions  de ponton avec les bretons d'à côté, le temps passe vite. Ce matin corvée de lessive pour moi. A peine le linge étendu une espèce de coffre-fort ambulant entame une manœuvre pour s'amarrer à quai à côté de nous. Il nous aborde en vrac, ne comprend pas ce qu'est une pendille (normal c'est un breton, ils n'ont pas ce système d'amarrage au port chez eux). Pas le temps d'intervenir que déjà avec son char d'assaut, il a fait une belle estafilade dans la coque de Soualé. Un éléphant dans un magasin de porcelaine. On en a été quitte pour retourner voir le réparateur qui commence à bien nous aimer ! Pas grave mais c'est le maladroit qui va payer.

On a récupéré la capote de descente dont quelques coutures avaient besoin d'être réparées. On va enfin remonter quelque chose de réparé, au lieu de démonter des trucs en panne, c'est bon pour le moral.

30 juin 2012

De Tenerife à Gran Canaria

Départ de bonne heure (9h) afin d'éviter les vents forts de l'après-midi pour tirer vers l'est direction Las Palmas par le nord de l'île de Gran Canaria.

Vu le peu de vent on remonte au moteur (oui, il a bien voulu démarrer après une séance de calage de compression + pinces… on commence à être rodés) verfs Santa Cruz pour se garder de la marge pour passer largement au nord de la côte.

 

Le vent monte peu à peu, vent par le travers, ça nous change de 10 jours de prés. 20 à 25 nds, rien à voir par rapport à hier. On le prend cool. Marie profite de son dernier jour en mer, puis elle descend préparer une petite salade et elle se fait bien bousculer par une grosse vague juste au moment où elle avait les deux mains occupées. Résultat un bon vol plané dans le carré qui finit le dos sur la poignée de porte des WC. Comme le dira Alain plus tard, "n'oublie jamais une main pour toi, une pour le bateau".

Bien secouée, elle récupère quand même pour profiter de la fin de son périple.

Contournement de la pointe nord de l'île : on se fait secouer pas mal, du clapot dans tous les sens, il faut s'éloigner au moteur (qui a bien voulu démarrer) de ce coin pourri avec des cailloux et des vagues anarchiques. Passage au milieu des cargos et pétroliers à l'ancre devant le port, on se gare quand le ferry arrive et entrée dans ce grand port industriel à la recherche du port de plaisance. Accueil sympa, c'est samedi soir, on vous donnera votre place demain, voici la clé des douches et le code du wifi.

 

Dimanche matin Marie va mieux, on change de place, on se retrouve à côté d'un couple de bretons partis de France depuis deux ans et qui ont tout vendu pour s'acheter un bateau. Ils rentreront peut-être en fin d'année en France pour quelques semaines voir les enfants et petits enfants…

 

On rmet de l'ordre dans le bateau, on cherche un billet d'avion pour Marie ce qui nous vaut un tour de bus jusqu'à l'aéroport. Alain nous dégotte un resto avec TV pour voir la finale de foot Espagne-Italie. Moi qui n'aime pas ça je me suis vraiment amusé, il y avait de l'ambiance avec une équipe d'Espagne largement vainqueur. A regarder le match c'est vraiment là qu'il fallait être.

 

Puis l'aéroport, Marie a pris son avion qui était en retard, elle a failli rater sa correspondance à Barcelone…. Mais elle sait depuis aujourd'hui qu'elle a ramené après l'arête et l'épanchement de synovie, une côte cassée en souvenir.

 

Dimanche journée rangement et fin de tri du gasoil comme deux vieux célibataires dans leur garçonnière en foutoir car Ghislaine notre nouvelle comparse arrive ce soir.

 

Lundi matin, tour des ateliers mécanique et voilerie pour enclencher les réparations de voile et de moteur.

Cela se met en place aujourd'hui mardi. On espère pouvoir repartir mardi ou mercredi, car certaines pièces vont venir de "la peninsula" c'est-à-dire de Barcelone.

 

On va profiter de cet arrêt forcé pour se reposer un peu et pour être en forme pour la suite.

29 juin 2012

le long de la côte est de Tenerife

Après une chasse au ouifi dans le village car Marie devait pointer à Pôle Emploi, on largue les amarres vers midi. Sortie du port un peu acrobatique au milieu d'un chantier de pose d'un tuyau sous-marin avec des bouées et des plongeurs au milieu de la passe.

 Ce qui ne nous laisse pas le temps de nous organiser pour hisser les voiles car déjà le vent nous cueille fraîchement.

On fait route vers le nord est le long de la côte de Tenerife avec le vent dans le nez ce qui nous oblige à tirer des petits bords vers l'est pour pouvoir ensuite revenir sur des grands bords vers le nord.

Canaries

 

Bon vent mais ça marche, Alain descend se faire une petite sieste, Marie révise ses chants avec son walkman, le génois se met à battre, au moment où je veux m'en occuper, je vois au loin la mer qui blanchit. Vite ! ranger les affaires, préparer la voile et on se prend 30 nds de vent dans la gueule en moins de 5 minutes. Rouler le génois, 2 ris dans la grand voile et hisser le foc. En 10 minutes on a complètement changé d'ambiance. Bien plus vite qu'un coup de mistral. Le vent va continuer à monter jusqu'à 35/38 nds parfois. Le mouillage prévu pour ce soir est impraticable, on est obligés de continuer vers le nord 20 milles plus haut, toujours avec nos bords est et nord; Vive le winch électrique ! Finalement on approche vers 22h d'un petit port de pêche où l'on espère trouver un abri. Le vent passe en 2 min de 30 nds à quasiment rien, mais on ne va pas s'en plaindre ça nous simplifie la vie pour démarrer le moteur récalcitrant et affaler les voiles.

Dernier souci de la journée, les feux d'entrée ne correspondent pas exactement à ceux annoncés. Va-t-on aussi trouver une marina ? Au dernier moment on se rend compte qu'en fait on visait le port du club de dériveurs (1m d'eau..) à 500m plus au nord qui normalement n'avait aucun feu de nuit. Mais on entre enfin au bon endroit, c'est bien un port de pêche et il y a une seule place de libre, juste assez grande pour nous. Ouf ! On se voyait mal continuer toute la nuit avec ce temps.

 

Pas fâchés de se poser après 10 heures de vent et des vagues jusqu'à 2.5m, mais qu'est ce que c'est beau la mer par ce temps là.

28 juin 2012

Petit mouillage tranquille, mais... surprise !

Grasse matinée à la Cala de la Rajita malgré le roulis qui nous bouscule depuis 5h du matin.

Content quand même d'avoir fait une nuit complète.

Après le petit déj. On se remet aux menus travaux du bord :

-          recoudre la grand voile ça c'est pour Alain.

-          Finir de recoudre le taud pour marie Christine et ranger le quotidien

-          Remettre le nez dans le gasoil pour JJ.

 

En fait on a retiré environ 4l d'eau du réservoir, de quoi bien foutre en l'air le moteur; Donc le petit montage d'hier a eu son utilité et il va rester en place jusqu'à Las Palmas. Il y a sans doute encore de l'eau au fond du réservoir et on va faire un sérieux ménage là-dedans arrivé au port.

On pense que lors du plein des jerrycans on a été truandé et qu'un jerrycan de 10l a été rempli d'eau.

 

Mais on n'est pas là pour s'em…. Alors petite baignade dans la cala, douche (confort ce bateau ! ).

Départ : ça va-t-y démarrer ? Eh bien non, le démarreur reste asmathique. On lui a donné un peu de pèche en calant le moteur sur une compression et avec des pinces pour aider la batterie, il a bien voulu démarrer.

 

Cap au large, au revoir la Gomera, ça à l'air bien sympa ces petits villages perchés et ces petits ports, rien à voir avec ce qui nous attend à Las Palmas où l'on devrait arriver demain dans la journée après une après midi et une nuit de navigation.

Pour le moment pas de vent, donc c'est Volvo qui nous fait avancer et des vagues qui font ch…Bon faut que j'aille jauauauger mon jerrycan de gasoil, pas question de tomber en panne sèche en plus.

 

Mouillage prévu dans le petit port de Las Galletas : mais surprise en entrant de nuit dans le port on s'aperçoit qu'il a été transformé en marina. Bonjour la mise à jour des bouquins de navigation (Quelques jours plus tard j'aurai l'occasion de constater que même l'édition originale anglaise n'est pas à jour).

Mais on passe où dans ce foutoir ? Après quelques hésitations et avec l'aide du gardien de nuit on finit pr trouver une place.

Le lendemain matin à la capitainerie on constatera que tout est encore en travaux. Mais prix 22.5€ pas cher pour l'endroit. Accueil sympa.

Le village a un certain caractère malgré l'ambiance bord de mer à touristes.

27 juin 2012

Arrivée aux Canaries

Arrivée sur les Canaries par l'ouest entre Hierro et La Palma vers 6h10 le 27/06.

Après 8 jours et 14h de mer depuis Dakar, sans doute un record sur cette route qui n'existe pas dans ce sens. D'habitude les bateaux descendent les alizés pour filer vers les Antilles ou le Brésil. D'ailleurs on n'a vu personne pendant 6 jours.

carte

 

Vent de travers à 7 ou 8 nds quasiment toute la nuit. Beaucoup de brume lointaine au lever du soleil, on ne voit rien des îles. Le vent tombe en 5 minutes, pétole pendant 1h.

Comment va-t-on arriver sans moteur (problèmes de démarreur + de l'eau dans le gasoil) ?

Peu à peu ça repart, direct sur la Gomera à 20 milles, le vent monte encore et Soualé avance toujours à plus de 8 nds au près bon plein, on se fait doucher comme il faut plusieurs fois.

A 5 milles de la terre on ne voit toujours rien. Puis tout d'un coup la montagne apparaît, juste le temps de prendre un 2e ris et d'enrouler le génois pour hisser le foc à la place car le vent continue à monter.

On abat un peu vers le mouillage visé et ça continue à monter 28 nds et des surfs à 10nds sur les vagues; On approche le rivage et sous le vent de l'île tout s'arrête en quelques minutes. Séance bricolage pendant plusieurs heures pour créer un réservoir provisoire pour le moteur avec un jerrycan de gasoil et des durits.

Réamorçage et…. Le moteur veut bien démarrer. On mouille dans la cala de la Rajita par 10m de fond tout près de la petite plage de sable noir, des ruines d'une pêcherie et quelques personnes qui se baignent ou pêchent. Tout en haut perché sur la falaise on aperçoit le village et derrière des coupe-vent on devine des plantations de bananiers.

Bain dans une eau bleue foncée, il est plus de 16h quand on attaque l'apéro et le repas de midi !

Fin d'après-midi couture la chute de la voile est déchirée sur un mètre, le tissu cisaillé à l'endroit où elle bat en permanence (pourquoi bat-elle ???,). Et aussi le bimini qui s'est décousu sur 40cm dans les rafales ce matin. Ce soir pas de quart, séance cinéma et dodo !

26 juin 2012

Le Grand Grib

Mes élucubrations du jour, le large commence à avoir un drôle d'effet sur moi.

 L'opium des navigateurs.

 Même en mer on n'y échappe pas. Encore un coup des américains qui excellent dans le développement de nouvelles religions et d'églises de toutes sortes.

Avec toutes les congrégations qui ont fleuri aux USA la concurrence était devenue rude.
Alors, pour continuer à développer le marché arrivé en phase de maturité, selon les bonnes vieilles recettes du marketing ils se sont dans un premier temps orienté vers l'export en déclinant le produit selon les particularités des marchés locaux : ONG en Afrique et Amérique latine, groupes de ressourcement new age, etc.. en Europe.

 Pour aller toujours plus loin une autre recette du marketing est la segmentation ou la stratégie de niche : avec la POM (pertinente, opératoire et mesurable) ils ont trouvé un marché intéressant celui du plaisancier voileux.

- Marché pertinent : que fait le voileux en mer ? Il cherche tout le temps à connaître le vent. D'où vient-il ? Quelle est sa force ? Que deviendra-t-il dans les prochains jours ?

            - Marché opératoire : on peut proposer un truc bien adapté au dit voileux et qui deviendra pour lui une vraie religion dont il ne pourra plus se passer. Surtout avec Internet et tous les autres trucs et machins électroniques dont le voileux est friand depuis l'apparition du GPS.

            - marché mesurable : il n'y a qu'à faire un tour au bord de la mer et compter les bateaux qui restent au port car la météo n'est pas fiable et selon le dicton breton bien connu "qui regarde trop la météo passe son temps au bistrot". Dans ce dernier cas, il s'agit d'un marché de substitution qui n'est pas le cœur de notre analyse.

 Il ne restait plus qu'à trouver l'idée, ce qui fut vite fait : Proposer un produit pour que le marin sache n'importe où dans le monde ce que va devenir son vent à lui, dans son coin perdu d'océan, sur son petit bouchon au milieu de nulle part dans la grande piscine bleue.

Le produit étant bien défini il fallait trouver la communication, pour leur vendre le truc.

D'abord trouver un nom qui sonne bien, facile à prononcer dans toutes les langues et à mémoriser.
Après un intense brainstorming (je pense que ça s'est passé comme cela) un concept d'évocation a émergé, proche d'un nom nordique, à consonances un peu viking peut-être. Vikings réputés pour être de farouches marins des mers difficiles et le mauvais temps, ils connaissaient.
Ce qui renforce le concept en le reliant aux temps anciens, aux sagas nordiques, etc.. et qui accroît la crédibilité de la marque. De plus sa matérialisation sous forme de petites flèches n'est pas sans rappeler les civilisations amérindiennes ce qui renforce son enracinement dans les valeurs premières et le côté "nature" de cette nouvelle secte.

 La nouvelle religion a donc été baptisée GRIB.

Un nom un peu mystérieux qui renforce le côté ésotérique et surnaturel de l'image produit, ce qui correspond tout à fait bien à une nouvelle religion.

Toujours aussi forts, les ricains ont eu l'idée de lancer l'affaire gratuitement pour inonder rapidement le marché et prendre la première place.
Le voileux n'a donc pas un centime à débourser pour entrer en religion : si tu as envie tu te connectes, au passage tu laisses tes coordonnées et c'est tout. Si ça te plaît, il y a toujours un tronc virtuel dans un coin pour laisser ton obole.

En France on a essayé aussi, mais c'est payant… D'accord, le GRIB français est plus évolué, on en a plus, c'est garanti par l'Etat et Météo France, c'est plus joli, plus compliqué aussi.

 Par contre là où ils ont fait fort c'est pour la liturgie.

Comment invoquer le dieu GRIB ?

Pour qu'il t'entende et réponde à tes invocations il faut d'abord t'équiper et il y a le choix :

-          Par Internet c'est bien, c'est gratuit mais tu ne peux le faire qu'à terre, donc c'est utilisé pour appâter le client, faire essayer le produit. Ou alors tu as vraiment de très gros moyens et c'est réservé à une élite propriétaire de yachts de luxe.

-          Par téléphone portable, c'est mieux mais tu dois raser les côtes pour avoir du réseau, alors autant aller au cyber-café du port.

-          Par téléphone satellite, là c'est le top, c'est encore cher mais ça se démocratise.

-          Et enfin par BLU, là c'est plus accessible, la BLU ça sert aussi à capter la radio pour avoir des nouvelles du pays, à causer un peu avec d'autres bateaux loin en mer.
Et là il faut du matos, américain de préférence et pas donné non plus.
Entre l'antenne, le poste BLU, le modem Pactor, le PC indispensable, le logiciel pour envoyer-recevoir, lui il est gratos, mais il faut aussi s'abonner en envoyant quelques poignées de $$ par carte bleue à Jim & Sue C…. qui président le cercle des "branchés" (les seuls habilités à recevoir la bonne parole) et enfin le logiciel pour lire les augures du dieu GRIB ça fait plein de trucs à raccorder ensemble.
Pas facile à faire, donc ça donne du boulot aux "initiés" (le cercle au-dessus des "branchés" et qui vont aider ces derniers à se brancher et leur apprendre le rituel de base). "Initiés" qui vont pouvoir se faire un peu de blé en accordant tout ça ensemble. Du coup, la promo se fait toute seule…
Une fois tout cela mis bout à bout et connecté, interfacé, il n'y a plus qu'à passer au cérémonial.

 

La cérémonie d'invocation du Dieu GRIB :

Généralement elle se passe de nuit, au plus profond du quart entre 1h et 4h du matin. Les "initiés" disent que les ondes passent mieux à ce moment-là.
Et puis, c'est en général le skipper, seul "éveillé" du bord qui procède aux invocations quand son équipage ronfle au fond des couchettes à des centaines de milles de la côte.

Après avoir fait un tour d'horizon sur le pont pour vérifier que tout est en ordre: les voiles, le bon cap, pas de bateau en vue, etc.. Il descend dans le carré plongé dans le noir, il s'installe à la table à cartes (c'est le nom de l'autel dans la religion GRIB) et commence par éclairer la petite lumière rouge (celle pour lire la nuit) juste pour l'ambiance comme à l'église de la principale religion concurrente (faut savoir utiliser les trucs qui marchent chez les concurrents (ça s'appelle du benchmarking).
Ensuite vient l'allumage du PC, c'est l'équivalent de la boule de cristal de la voyante en plus moderne. Il s'agit alors de tirer les cartes (marines), moment très important car il ne faut pas se tromper de latitude ni de longitude.
C'est Sailmail qui permet  à "l'éveillé"de faire sa requête au dieu GRIB.
En général la question posée est très simple : "Quels vents vois-tu venir, Oh grand GRIB ! Dans les 48 prochaines heures sur la route devant l'étrave de mon fier… nom du bateau ?".

Tant qu'il y est notre skipper profite de sa requête pour glisser parfois quelques messages personnels (comme les juifs leurs petits papiers entre les pierres du Mur des Lamentations) à ses connaissances restées loin là-bas dans l'autre monde des terriens.

Vient alors le moment crucial de la cérémonie, "l'éveillé" va entrer en connexion avec le Grand GRIB. L'extase étant difficile à atteindre, surtout par gros temps et c'est là que GRIB est le plus invoqué, il va donc allumer la mystérieuse BLU couplée au Pactor (sans doute un sous dieu messager du genre Mercure) qui aidée de Sailmail(le scribe du Grib) va se connecter à un "émetteur" lointain de GRIB. Celui de notre skipper est belge, non, non, ce n'est pas une blague.
Seuls les "émetteurs" savent où et comment joindre le Grand GRIB ; ce sont eux qui vont lui transmettre la requête du petit "éveillé" tout seul sur son bouchon qui flotte au milieu des mers.

Il y a seulement quelques "grands émetteurs" dans le monde :

Daytona, Palo Alto, Honolulu, on voit bien ici l'origine de cette religion.

Mais aussi Trinidad, Corpus Christi, San Luis Obispo, il est évident que le dieu GRIB marche sur les plates bandes d'une autre religion.

Et encore Bruneï, là il a fait fort aussi le GRIB car par là-bas question religions, ils s'y connaissent.

Il semblerait cependant plus difficile d'implanter quelques "émetteurs" du côté de Bouddha, Vichnou, Confucius affaire à suivre.

 Après quelques minutes de recueillement, le Sailmail s'agite ; il change plusieurs fois d'état : un peu de rouge, du vert quand c'est bien, parfois du jaune quand c'est ni bien ni mal et enfin du bleu qui apparaît et s'étale au fur et à mesure que le Grand GRIB rend son oracle, quelques phrases cabalistiques s'inscrivent encore, que "l'éveillé" reconnaît comme étant la fin de la transmission. Il coupe sa connexion et va ouvrir sa box, le lieu où arrive le message que le Grand GRIB dans son immense bonté a bien voulu daigner envoyer à son disciple.

 Au petit déjeuner devant l'équipage réuni notre skipper aidé de son PC boule de cristal montre l'avenir venteux de sa route. Sous la forme de toutes les petites flèches que GRIB lui a transmises. Il en interprète la direction, le nombre de barbules, et son équipage l'écoute religieusement. Cette petite cérémonie va alimenter les conversations et la réflexion à bord pendant de longues heures.

grib

Et si le vent n'est pas tout a fait comme prévu par le Grand GRIB, il est dit que c'est dû à des phénomènes locaux ou a des micros climats qui, comme les démons, viennent un peu perturber le bon ordonnancement des choses.

 Voilà comment les voileux sont de plus en plus nombreux à se convertir à la religion du GRIB.

 Quelque part vers 27°39'N 020°26'W avec une petite flèche de Nord à une seule barbule.

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